sur le fil

Bonheurs minuscules et jours imparfaits d'une vie ordinaire

13 juin 2008

44

Il y a 44 ans, un 13 juin, mes parents se mariaient. Pour le meilleur et pour le pire.
bougieJusqu'à ce que, plus de 40 années d'amour plus tard, la mort les séparent, laissant mon père sans raison d'être.
J'ai toujours connu mes parents amoureux, et c'est cette image-là qu'ils m'ont laissé en héritage. Cela a été précieux à l'enfant que j'étais pour me construire, et cela a été précieux à la femme que je suis devenue pour me reconstruire.
Ils auraient pu s'aimer encore 40 années plus fort.

Je repense à ce passage de La Plus que Vive de Christian Bobin :
" La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang; d'abord éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d'ailes et fuites en tous sens. Ensuite, grands cercles sur l'eau, de plus en plus larges. Enfin, le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence.
Un silence, comment dire, assourdissant. "
Voilà. C'est exactement cela.

Posté par sarkimi à 13:44 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mai 2008

Petite lumière

Sans_titre_1Ces derniers jours, je pense à toi, tout le temps; à toute heure, ton absence fait de drôles de bruits; alors, pour répondre au silence de ces moments-là, je relis Christian Bobin; j'ouvre "Autoportrait au radiateur" ou "La plus que vive" au hasard, et j'y puise une vérité qui me fait sourire. Je retrouve, dans ce qu'il écrit, de quoi mettre de l'ordre et de la lumière dans le champ de bataille de mon coeur ...

"Dix heures du matin sur la terre, un verre de vin blanc à la main, je regarde la lumière jouer à saute-mouton par-dessus les tables du café.
Dix heures du matin dans le ciel, tu dois être en train de faire la grasse matinée, à peine dérangée par les anges qui refont l'appartement à côté du tien
."

Posté par sarkimi à 10:48 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 mai 2008

Naufrages

tempeteTa mort est une île, au bord du bout du monde, nimbée de nuit; je m'y échoue souvent; le coeur au creux de la vague, ou rejeté par une mer intérieure démontée, ces naufrages me laissent démunie, défaite; je contemple, hagarde, ces plages de silence noir; je cherche un abri dans le souvenir de ton rire, de ta voix, de tes bras chauds jusqu'à ce que l'ouragan passe.
Je voudrais croire qu'il y a des ponts pour aller jusqu'à toi, mais le ciel n'a pas d'oreilles.

(www.aquarellissime.fr)

Posté par sarkimi à 15:43 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 avril 2008

Comme un caillou

image_caillouxDepuis quelques temps, tu t'es installée dans mes rêves, comme si tu étais de passage, en vacances; tu me souris, tu me fais des signes de la main; à mon réveil, je n'ouvre pas les yeux, je garde le plus longtemps possible ton image derrière mes yeux fermés; mais elle s'étiole et disparaît, invariablement, et ne subsiste alors qu'un vide absolu. Dans quelques jours, c'est ton anniversaire.
Tu aurais eu 63 ans. 63 printemps. C'est pas une vie.
Le chagrin, comme un mauvais caillou chahuté par la mer. Mille fois avalé et recraché par le ressac, il se polit doucement et s'adoucit; jusqu'à devenir un galet, lisse et rond, que l'on niche au creux de sa main, et dont le contact chaud rassure.
C'est sans doute à cela qu'on doit arriver. Mais je n'en suis pas là; pour le moment, le caillou pèse des tonnes, et je me noie. Alors je hurle à l'intérieur et mon cri couvre les bruits du monde. Je n'entends ni ne vois plus rien; je me contente de lire sur tes lèvres et de tenir ta main plus fort.

Posté par sarkimi à 12:08 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 février 2008

Des yaourts

Jour de courses au supermarché. Je croise deux femmes, l'une est visiblement la mère de l'autre. Elles se ressemblent. Elles sont accompagnées de deux petites filles. Et, comme à chaque fois que ça m'arrive, les larmes me nouent la gorge. Ca aurait pu être nous. Cela aurait dû être nous. Cette injustice me broie et me ramène un peu plus de deux ans en arrière, à notre dernière séance de shopping; tu voulais t'acheter un manteau pour le réveillon du jour de l'an. Tu ne l'auras jamais porté.
Je suis restée longtemps dans l'allée, désoriientée, perdue. Il me fallait des yaourts aux fruits.

Posté par sarkimi à 17:59 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 février 2008

Mourir est derrière toi

"Tu n'as plus à mourir : c'est fait.
Mourir est derrière toi. Tu vivras donc éternellement."
(C. Bobin)

Posté par sarkimi à 18:01 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 janvier 2008

Comme des promesses

jacinthexquatrepz8

Ce dimanche, nous t'avons rendu visite, avec Papa.
Je t'ai apporté des jacinthes, ces fleurs qui savent rire de l'hiver, et qui font comme des promesses.
Et je nous vois, avec nos fleurs, notre bouteille d'eau, notre chiffon pour essuyer les salissures, qui nous occupent les mains alors même que notre coeur se tient, vascillant, tout au bord du vide et du silence que nous renvoie ton nom inscrit sur la pierre.

Posté par sarkimi à 13:58 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2008

Sanctuaire

Je voudrais trouver un endroit dont je ferais un petit sanctuaire, un endroit, tout près, où je pourrais me rendre aussi souvent que j'en ai envie, pour t'apporter des fleurs et te parler un peu. J'y déposerai des cailloux, des mots doux, des trésors. Souvent, j'aurais envie de papoter avec toi.
Bien sûr, il y a le funérarium, mais, outre son éloignement, tous les morts autour font beaucoup de bruit, et m'empêcheraient d'avoir une conversation sérieuse avec toi.
Alors je me suis dit que je pourrais peut-être trouver un lieu que je ferai nôtre; un lieu joli, accueillant, qui pourrait te plaire. Et qu'importe si tu n'es pas vraiment sous la terre, puisque tu es partout.

IMGP2651

Posté par sarkimi à 16:11 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2008

Voir le ciel de plus près

Ta mort aura bientôt deux ans; elle commence à peine à parler, à faire ses premiers pas.
(Dixit Christian Bobin, merci à lui.)

Tu nous as quittés, alors que dans le même temps ta petite-fille naissait; elle, en avance d'un mois et demi sur la date prévue, comme pour avoir le temps de te dire qu'elle était bien arrivée, comme pour te laisser partir plus légère.

Pendant une semaine, vous étiez toutes les deux à naviguer entre deux mondes, entre la terre et le ciel, reliées à la vie par tous ces tuyaux qui vous insuflaient l'air que vous n'aviez pas la force de respirer. Vous vous êtes toutes les deux battues avec rage, mais ce combat t'a peu à peu vidée de cette incroyable force de vie qui t'habitait.

Et alors que ta petite-fille, toute neuve dans ce monde, puisait dans sa toute neuve énergie, toi, impuissante face au mal qui t'envahissait, épuisée par ce combat  truqué, tu partais voir le ciel de plus près.

Que faire de tout ce chagrin-là ? Comment vivre sans toi ?

Je me suis blottie dans le silence de ses bras
Je me suis frottée à l'hiver de sa joue
Mais elle n'était déjà plus là.
J'ai ombré ses paupières comme pour les jours de fête
J'ai poudré de soleil son teint des jours de pluie
Mais elle était déjà partie.
J'ai cherché sous sa main la caresse familière
J'ai posé tout contre elle ma tête pour qu'elle me berce
Mais tout était déjà fini.

Posté par sarkimi à 14:50 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1