09 juin 2008
Jours de colères
L'enfant-cadeau est en colère. Cette colère qui couve en elle, depuis toujours; là, exactement, où se loge son étonnante douceur. Et qui explose, à certaines périodes, petit volcan endormi.
Son père et moi essuyons la tempête, et tentons de tenir le cap; bourrasques violentes, creux de plusieurs mètres, on prend l'eau de toute part, coeurs qui suffoquent et yeux noyés; on s'accroche comme on peut aux conseils d'amis, aux avis bienveillants, aux évidences prononcées de toutes parts. On échoue lamentablement en ne trouvant souvent d'autre réponse à sa colère que notre propre colère, orchestrée par l'impuissance et l'épuisement. On échoue au soir sur notre lit, le noeud au ventre, et terrassés.
Demain, elle se réveillera, et, les premiers brouillards du réveil passés, elle se mettra à chanter; nous, nous boirons nos café, pour oublier ...
22 mai 2008
Travailler plus ...
Une petite dame, la soixantaine sans doute, tout sourire. Plutôt mince, les cheveux gris coupés courts, l'oeil pétillant. Je la vois discuter de loin avec le vendeur de voitures; elle lui remet un papier, lui serre la main, et s'en va.
Lorsque le vendeur revient vers nous, il semble troublé. Il nous confie alors que cette dame qui vient de partir vient de lui dire qu'elle était ravie que la loi Sarkozy sur le travail des retraités existe; grâce à cette loi, elle peut encore travailler et mettre ainsi un peu de beurre dans les épinards de sa maigre pension ! Mais qu'il se rassure, ça va très bien pour elle, elle a beaucoup de chance..
Son travail ? Tous les jours, du lundi au dimanche, elle se lève à deux heures du matin et distribue les journaux dans les boites aux lettres des abonnés. Pour cela, elle a besoin d'un véhicule fiable ... Alors elle fait un crédit pour s'acheter une voiture d'occasion qui ne consomme pas trop et qui ne tombera pas en panne ...
Elle n'aura pas droit à l'assurance décès sur ce crédit : celle-ci ne peut être contractée que jusqu'à 72 ans. Elle en a 74.
image sur pixelenvrac.com
22 avril 2008
Reprise
A la veille de reprendre le chemin du bureau, la maladie me saute littéralement à la gorge, et m'éteint la voix au passage; des frissons m'assaillent et trois couvertures sont à peine suffisantes pour me réchauffer. Et tandis que, secouée par des quintes de toux, je rends doucement l'âme, la vérité se pose là, évidente : ce n'est pas une angine, ni même une grippe, que le temps humide et froid de ces derniers jours aurait par ailleurs pu provoquer; c'est le syndrôme de la reprise.
Comme l'enfant-lumière qui, tout au long de l'école primaire, déclenchait symptômes inquiétants et pics de températures à la veille de retourner à l'école, me voilà à mon tour face à cette évidence : je ne veux pas y aller.
Il suffirait de peu, pourtant, pour que ma vie professionnelle, et donc ma vie tout court, bascule; cet entretien d'1h30 lundi dernier m'a fait entrevoir d'autres horizons : travailler à 100 m de chez moi, avec une motivation nouvelle, des gens nouveaux, un métier nouveau ... Depuis, mon téléphone ne me quitte plus, et je dors mal...
Je collectionne les trèfles à quatre feuilles et les doutes, les fers à cheval et les questions, les brins de muguets et les coups de blues. J'attend que la chance tourne.
09 avril 2008
Notre pain quotidien
La radio me sert ses infos matinales, avec mon café et ma brioche à la confiture de framboise; j'écoute à peine, toute au spectacle de ma petite famille à la table du petit-déjeuner.
L'enfant-cadeau, sournoisement attaquée par le pot de Nutella; son père, sous le charme, qui trouve la bataille hilarante; l'enfant-lumière, somnambule et autiste à cette heure, qui, concentrée sur son bol de céréales, tente d'y lire de quoi sa journée sera faite.
Et puis la voix de notre cher président; je dresse l'oreille, en alerte.
"Les politiques sociales ne peuvent continuer ainsi à alimenterle déficit et la dette de la France ".
Bon. Non seulement les pauvres sont de plus en plus pauvres, mais ils peuvent légitimement culpabiliser de l'être ... J'ai comme un petit creux.
Cynisme , arrogance. Notre pain quotidien.
02 avril 2008
Hêtre, ou pas
Etre
Comme le hêtre,
Comme le chêne,
Etre sans haine
Et sans souffrance,
Etre
Comme le hêtre,
Distinguer l'amour et le vent,
Garder silence.
(extrait d'une chanson de mon ami Sylvain Maillard)
09 mars 2008
Flower power
Durant ces deux derniers jours, le froid ne m'a pas quitté. Les promesses de printemps n'étaient que des promesses. De celles qui vous font trouver l'hiver interminable et qui vous mettent l'âme en eau trouble. La fatigue qui ralentit tout, qui altère le goût et les couleurs. Les tensions qui font leur nid, qui vous font parler à tord et entendre de travers.
Au beau milieu de ce chaos intérieur, silencieux malgré tout, ce bouquet d'anémones acheté au marché, à la volée, entre une colère dont l'enfant-cadeau a le secret et une rafale de vent glaciale et décourageante.
Et alors que je les disposais dans le vase, je souris en me rappelant un passage d'un livre de Christian Bobin :
"Nombreuses anémones, mauves et rouges, l'équivalent d'une classe de collège. Elles se bousculent autour de la lumière comme autour d'une petite nouvelle, arrivée en cours d'année scolaire." - (Autoportrait au radiateur)
Les fleurs me parlent quand tout se tait autour. Et me ramènent à la surface.
06 mars 2008
Soins palliatifs
A la radio, en rentrant du bureau. Cela se passe au Japon. On fabrique des robots de plus en plus sophistiqués. Il en est même conçus pour veiller sur les personnes âgées. La fille interviewée expliquait que, outre leurs fonctions strictement utilitaires et domestiques, ils pourraient pallier efficacement à la solitude de nos anciens; à cet effet, ils auraient un aspect de peluches, ou d'humanoïdes, capables de communication sommaire, ce qui les rendrait attachants et faciliterait leur appropriation affective. Avec un avantage certain sur les animaux de compagnie : les robots ne tombent jamais malade, ne demandent pas de soins particuliers, ne meurent pas. On peut s'y attacher sans risque.
Vous êtes seul ? Vos enfants vous ont oubliés ? Vos voisins ne savent pas si vous existez encore ? Une solution : Brigitte, le petit robot, qui vous prodiguera aide et affection ...
De la science fiction à quatre sous ? Non, à peine à une petite décennie de nous, paraît-il ...
Je frissonne.
Plus tard, aux informations télévisée. Reportage sur le minimum vieillesse : sous le seuil de pauvreté. Cette petite femme de 91 ans raconte sa misère, et confie en pleurant qu'elle n'y arrive plus. Elle voudrait déjà être ailleurs.
Je pleure avec elle.
20 février 2008
Questions de Zèbre ...
Je me pose des questions de Zèbre ...
Comment garder intacts les battements du coeur, comment échapper à ce calme qui vient se poser doucement sur nos nuits, comme une douce couverture; comment faire pour que l'habitude, le quotidien n'aient ni pouvoir ni emprise; comment nous rencontrer dans cet espace-temps écartelé, tiraillé entre nos multiples occupations, préoccupations, obligations, qui laisse de moins en moins de place à nos soupirs, nos silences, nos regards, autant de retrouvailles ajournées. Ce n'est pas l'absolu que je cherche, juste des traces, des indices, des signes, que quoi qu'il arrive, quel que soit le poids que fait peser sur nous le quotidien, nous sommes toujours traversés par ce courant d'air léger et fou.
Les mots doux que l'on se dit, entre deux plumes d'oreiller, et ta voix rassurante ne font pas taire ma peur du vide.
19 février 2008
Une vie avant le bureau
Ce matin, une drôle d'impression; tout me semble comme surexposé; le contour des choses plus net, les couleurs plus franches, les sons amplifiés, les odeurs plus fortes ... J'entends battre mon coeur, et j'entends presque battre celui des autres autour de moi; je pourrais presque lire dans les pensées des gens; les mots se bousculent, le corps est tendu.
Je ne suis plus que sensations. C'est perturbant et agréable à la fois. La sensation que je vis plus fort que d'ordinaire.
Je pars, la voiture me conduit plus que je ne la conduis. J'entends parfaitement la mécanique en marche, les cliquetis, le vent qui glisse sur la tôle. Yaël Naïm chante "Lonely" et je m'y noie.
Et puis j'arrive au bureau. Au moment où j'en franchis le seuil, l'enchantement est rompu. Mes fenêtres se ferment, je rentre la tête dans les épaules et j'enfonce mes mains dans mes poches. Les bruits autour ne m'arrivent plus qu'étouffés. Le regard des autres me fuit. Je deviens muette, définitvement.
La vie s'est carapatée ailleurs.


