03 juillet 2008
Petite lumière
Durant ces quelques jours de vacances, la maison est aussi habitée par l'enfant-lumière; c'est doux de l'avoir là avec moi, elle est raffraîchissante, silencieuse et présente à la fois; nous profitons chacune de la présence de l'autre avec, semble-t-il, le même bonheur. Nous nous croisons à divers moments de la journée pour papoter, manger, ou cuisiner ensemble et ces moments ont toujours un parfum particulier; celui de l'urgence à vivre tout haut ce qu'on vit tout bas; celui des souvenirs qu'on se fabrique et qu'on entrepose dans un coin du coeur comme on rentre le bois en prévision de l'hiver.
24 juin 2008
Tableau
Un dimanche à la campagne. Les cigales et le soleil pour l'ambiance. Tous les enfants sont là; l'enfant-sourire et l'enfant-lumière, plus complices que jamais, se racontent leurs histoire à voix basse; histoires d'amis, d'amours, de rêves à réaliser ... Sous le regard aimant de son grand-père, l'enfant-cadeau, publicité vivante sur les dangers du soleil, barbotte avec ses cousines; le visage de mon père, dont la gravité, la fatigue et la tristesse m'ont frappées en arrivant, s'en trouve éclairé d'une lumière douce; mais je vois, dans ses yeux noyés, aller le flux et le reflux de son âme ...
L'arbre est plein d'abricots, des rouges du Roussillon, et il suffit de tendre la main pour les cueillir. Des confitures et des tartes à venir, comme des promesses d'un bonheur acide et sucré à la fois.
19 juin 2008
Années-lumière
L'enfant-cadeau a 15 ans. Le dire, l'écrire, me remplit d'émotion.
15 années-lumière que je n'ai pas vu passer, 15 bougies que je n'ai pas vu pousser. Alors je regarde l'enfant presque femme qu'elle est devenue, et je me sens toute fière.
Bien sûr, elle m'échappe un peu déjà;mais je parie sur ce qui nous lie, ce fil entre nous, tissé d'amour, pour se retrouver l'une l'autre, si la vie nous perdait.
16 juin 2008
Jardineries
Au plus près de la terre, à genoux, à la regarder de près, à la nettoyer, à la chatouiller un peu, on enterre les soucis, on crève quelques nuages, on lache la bride aux rêves ... Quand on se relève, fourbu et les mains sales, on a le coeur qui se repose sur un tapis d'herbes fraiches et le regard plus clair.
Notre voisin jardinier a déposé au pied de mes tomates des cordons de tissus, qui les blesseront moins que les attaches fils de fer ... Un petit présent de rien du tout, une attention, un gage.
Tiens, la mauve est en fleur. Dans le panier, de la salade, des radis, et des courgettes, le menu du déjeuner.
Ce soir, il faudra arroser.
11 juin 2008
Respiration
Il est midi passé, et je rentre chez moi.
Le soleil est enfin là, il revient à lui et pousse les fenêtres de la maison timidement, comme s'il sortait d'une longue convalescence.
Les roses dans le vase résistent à leur mort prochaine comme elles peuvent, et continuent tant bien que mal leur travail de roses, qui consiste à éclairer les regards de ceux qui se posent sur elles.
Le petit chat qui m'accueille n'est que jeu et grâce mêlés; il éveille en moi une envie de solitude et de silence, que je peuplerais de mes travaux d'écriture et de ses ronronnements.
Ainsi parée par quelque artiste céleste, la maison me fait cadeau d'une belle respiration.
06 juin 2008
Pastèque à confiture
De la pastèque à confitures. Voilà ce que j'ai trouvé au marché ce matin, avant de me rendre au bureau, en fouinant chez le pépiniériste. J'ai aimé lire ces mots sur l'étiquette; j'ai aimé les prononcer. Je n'ai aucune idée du résultat que cela peut donner, ni quel goût cela peut avoir, mais j'en ai pris 2 plants, pour l'aventure ...
Une envie de salade me prenant, j'ai pris aussi des plants de Feuilles de chêne rouge, et d'oignons doux des Cévennes.
Pour faire bonne mesure, je me suis dit que j'achèterais bien quelques plants de fromage de chèvre et de bon vin ...
04 juin 2008
Petits bonheurs à la pelle
Quelques petits bonheurs péchés dans le gris de ces deux dernières journées ....
- Quelques heures passées avec l'enfant-sourire, qui peut oublier enfin ces longs mois de travail ininterrompu pour s'adonner au plaisir simple de ne rien faire; la trouver pâle et belle comme une peinture de Modigliani ...
- Me rendre à pied à mon nouveau bureau, le coeur qui bat comme pour un bal de débutantes; prendre le temps de saluer les gens que je croise régulièrement ou de papoter avec les mamies d'à-côté sans me mettre en retard; en revenir, toujours à pied, sous un déluge d'eau, le parapluie dressé contre le ciel ouvert ...
- Trouver l'enfant-cadeau sur les genoux de son père, captée par les belles images de Totoro, le doudou coincé au creux de son bras, et réaliser combien elle a grandi sous ses airs de toute-petite ...
- Partir sur les traces de l'enfant-lumière, en collectant les indices de son passage dans chacune des pièces qu'elle a traversé, et en sourire quand même, plutôt que d'exploser ...
- S'offrir l'imprévu d'un dîner au resto, dans un cadre idyllique, en tête à tête, un verre de rosé frais pour appeler l'été et nous tenir la chandelle ...
- Observer le petit-chat qui semble avoir complètement oublié ses frayeurs des premières heures, à le voir essayer d'attrapper la queue du chien qui balance ...
25 mai 2008
Bonne fête ...
A l'heure du petit-déjeuner, entre croissant et pain frais que mon Namoureux a ramené après avoir bravé le déluge, l'enfant-cadeau a sorti son petit paquet de derrière son dos et me l'a donné avec un bisou; une emprunte de sa petite main dans du plâtre, décorée à sa façon ... Les grandes filles ont pensé bien-être avec une séance de massage en spa ...
Un joli moment, qui me laisse néanmoins pleine de nostalgie.
Depuis toute petite, cette fête a revêtu une importance particulière; j'y pensais des semaines avant; pas assez d'argent de poche pour offrir à ma mère le merveilleux cadeau dont je rêvais pour elle, alors, je lui écrivais un poème, et j'allais demander, non sans avoir mille fois hésité, à la dame de la rue d'à côté dont les rosiers croulaient sous les fleurs, de bien vouloir me laisser couper quelques roses.
Le matin du jour J, on la laissait dormir un peu, et on arrivait dans sa chambre, avec le plateau du petit déjeuner et nos cadeaux . L'émotion me prenait et m'accompagnait pour la journée ...
18 mai 2008
Trésor
Ce dimanche matin, soleil et hirondelles font enfin le printemps; l'enfant-cadeau court devant nous en chantant à tue-tête, et nous arpentons les rues du villages, selon un itinéraire bien précis; d'abord le boucher pour quelques fameuses brochettes de quelque fameux boeuf, puis le boulanger pour le pain frais et chaud, et pour se récompenser, un petit café en terrasse, ... un dimanche matin sur la terre, sans rien de bien exceptionnel, sinon ce sentiment d'être bien là où on est, et en mesurer la chance ... Pour rentrer chez nous, on passe par la rue de la Musique; sur une trentaine de mètres, les maisons défilent, biscornues, accolées les unes au autres, toutes anciennes et décrêpies, mais suffisamment hautes pour aller chatouiller la lumière; l'une d'elle a sa porte toujours ouverte, quelque soit la saison; sur son pas, une cagette, avec dedans, aujourd'hui, des salades et des fèves; elles gardent l'entrée d'un lieu mystérieux, dans lequel vit un étrange ermite; il ne parle pas français, il ne parle même pas du tout. Un poste de radio sans âge est allumé en permanence, qui chante en catalan. Cheveux et barbe hirsutes, l'air furieux en permanence, le vieux bonhomme vous sert en silence. Dans son antre, même l'enfant-cadeau fait silence, impressionnée par cet ogre-jardinier insensible à son charme. Elle sert ma main plus fort.
Ses fèves sont les meilleures que j'ai jamais mangées. Lorsque nous repartons, je sais que j'ai un trésor dans mon panier; je vais les écosser, retirer leur peau, une par une; puis les faire cuire et les servir en salade tiède avec de l'huile d'olive, du vinaigre balsamique, de l'oignon rouge et du basilic. Cette salade m'aura bien pris une heure entière de préparation; mais, tandis que je les écossais, je songeais que sans doute, au train où vont les choses, parce que le temps semble toujours compté, parce que tout ce que nous consommons doit être vite fait, vite prêt, alors ce savoureux légume disparaîtra ...
15 mai 2008
Silence, ça pousse ...
Hier soir, la pluie annoncée n'étant pas tombée, mon Namoureux et moi avons fait un saut au jardin, histoire d'abreuver nos jeunes plants ... Nous arrosons, et les parfums de la terre montent jusqu'à nous.
Le soir qui tombe ferme les fleurs et pose un voile de lumière bleue sur la campagne alentour.
A l'autre bout bout des jardins, une joyeuse troupe s'active autour d'une sardinade.
Dans un moment, la nuit nous ramènera à nous, jardiniers rêveurs devant nos carrés miniatures ...

















