30 mai 2008
Solde de tous comptes (2)
Un peu vidée, un peu grisée par toutes ces attentions. Buffet somptueux. Cadeaux. Accolades, embrassades, mots doux, larmes aux yeux. Les marques d'affection ont été multiples, parfois inattendues. De quoi me donner force et courage pour tourner la page ... Une fois pour toutes.
Avec, dans la tête, cette chanson de Nougaro :
Il faut tourner la page
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
Il faut tourner la page
Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l'arbre
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
Il faut tourner la page...
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Que toutes les facondes
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu
Il faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
Il faut faire silence
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Il faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire
29 mai 2008
Solde de tous comptes
C'est mon dernier jour. Ce soir, une cinquantaine de personnes seront là, pour fêter mon départ autour d'un buffet offert par la direction. Ces dizaines de visages, souriants, amicaux, croisés au fil de ces dix dernières années sont, pour certains, juste des rencontres de circonstance; leur regard est sympathique et perplexe à la fois: je sais qu'ils se questionnent sur cette folie qui m'a prise de faire une croix définitive sur ce grand groupe et ses nombreux avantages ... Je leur oppose une désinvolte assurance, ma foi en un monde où les avantages sociaux ne font pas tout. Et puis il y a ceux avec qui j'ai des liens, des acointances, des affinités; ceux-la me font confiance; ils me disent leur envie, leur admiration aussi; pas dupes, ils savent la fragilité et les doutes embusqués derrière cette belle assurance ...
Ce sont eux qu'il m'importe de quitter, et face à eux, et face aux jours meilleurs qui devraient m'attendre m'attendent, la super mutuelle et les 24 jours de RTT ne pèsent pas très lourd ...
25 mai 2008
Bonne fête ...
A l'heure du petit-déjeuner, entre croissant et pain frais que mon Namoureux a ramené après avoir bravé le déluge, l'enfant-cadeau a sorti son petit paquet de derrière son dos et me l'a donné avec un bisou; une emprunte de sa petite main dans du plâtre, décorée à sa façon ... Les grandes filles ont pensé bien-être avec une séance de massage en spa ...
Un joli moment, qui me laisse néanmoins pleine de nostalgie.
Depuis toute petite, cette fête a revêtu une importance particulière; j'y pensais des semaines avant; pas assez d'argent de poche pour offrir à ma mère le merveilleux cadeau dont je rêvais pour elle, alors, je lui écrivais un poème, et j'allais demander, non sans avoir mille fois hésité, à la dame de la rue d'à côté dont les rosiers croulaient sous les fleurs, de bien vouloir me laisser couper quelques roses.
Le matin du jour J, on la laissait dormir un peu, et on arrivait dans sa chambre, avec le plateau du petit déjeuner et nos cadeaux . L'émotion me prenait et m'accompagnait pour la journée ...
22 mai 2008
Travailler plus ...
Une petite dame, la soixantaine sans doute, tout sourire. Plutôt mince, les cheveux gris coupés courts, l'oeil pétillant. Je la vois discuter de loin avec le vendeur de voitures; elle lui remet un papier, lui serre la main, et s'en va.
Lorsque le vendeur revient vers nous, il semble troublé. Il nous confie alors que cette dame qui vient de partir vient de lui dire qu'elle était ravie que la loi Sarkozy sur le travail des retraités existe; grâce à cette loi, elle peut encore travailler et mettre ainsi un peu de beurre dans les épinards de sa maigre pension ! Mais qu'il se rassure, ça va très bien pour elle, elle a beaucoup de chance..
Son travail ? Tous les jours, du lundi au dimanche, elle se lève à deux heures du matin et distribue les journaux dans les boites aux lettres des abonnés. Pour cela, elle a besoin d'un véhicule fiable ... Alors elle fait un crédit pour s'acheter une voiture d'occasion qui ne consomme pas trop et qui ne tombera pas en panne ...
Elle n'aura pas droit à l'assurance décès sur ce crédit : celle-ci ne peut être contractée que jusqu'à 72 ans. Elle en a 74.
image sur pixelenvrac.com
20 mai 2008
Petite lumière
Ces derniers jours, je pense à toi, tout le temps; à toute heure, ton absence fait de drôles de bruits; alors, pour répondre au silence de ces moments-là, je relis Christian Bobin; j'ouvre "Autoportrait au radiateur" ou "La plus que vive" au hasard, et j'y puise une vérité qui me fait sourire. Je retrouve, dans ce qu'il écrit, de quoi mettre de l'ordre et de la lumière dans le champ de bataille de mon coeur ...
"Dix heures du matin sur la terre, un verre de vin blanc à la main, je regarde la lumière jouer à saute-mouton par-dessus les tables du café.
Dix heures du matin dans le ciel, tu dois être en train de faire la grasse matinée, à peine dérangée par les anges qui refont l'appartement à côté du tien."
18 mai 2008
Trésor
Ce dimanche matin, soleil et hirondelles font enfin le printemps; l'enfant-cadeau court devant nous en chantant à tue-tête, et nous arpentons les rues du villages, selon un itinéraire bien précis; d'abord le boucher pour quelques fameuses brochettes de quelque fameux boeuf, puis le boulanger pour le pain frais et chaud, et pour se récompenser, un petit café en terrasse, ... un dimanche matin sur la terre, sans rien de bien exceptionnel, sinon ce sentiment d'être bien là où on est, et en mesurer la chance ... Pour rentrer chez nous, on passe par la rue de la Musique; sur une trentaine de mètres, les maisons défilent, biscornues, accolées les unes au autres, toutes anciennes et décrêpies, mais suffisamment hautes pour aller chatouiller la lumière; l'une d'elle a sa porte toujours ouverte, quelque soit la saison; sur son pas, une cagette, avec dedans, aujourd'hui, des salades et des fèves; elles gardent l'entrée d'un lieu mystérieux, dans lequel vit un étrange ermite; il ne parle pas français, il ne parle même pas du tout. Un poste de radio sans âge est allumé en permanence, qui chante en catalan. Cheveux et barbe hirsutes, l'air furieux en permanence, le vieux bonhomme vous sert en silence. Dans son antre, même l'enfant-cadeau fait silence, impressionnée par cet ogre-jardinier insensible à son charme. Elle sert ma main plus fort.
Ses fèves sont les meilleures que j'ai jamais mangées. Lorsque nous repartons, je sais que j'ai un trésor dans mon panier; je vais les écosser, retirer leur peau, une par une; puis les faire cuire et les servir en salade tiède avec de l'huile d'olive, du vinaigre balsamique, de l'oignon rouge et du basilic. Cette salade m'aura bien pris une heure entière de préparation; mais, tandis que je les écossais, je songeais que sans doute, au train où vont les choses, parce que le temps semble toujours compté, parce que tout ce que nous consommons doit être vite fait, vite prêt, alors ce savoureux légume disparaîtra ...
15 mai 2008
Silence, ça pousse ...
Hier soir, la pluie annoncée n'étant pas tombée, mon Namoureux et moi avons fait un saut au jardin, histoire d'abreuver nos jeunes plants ... Nous arrosons, et les parfums de la terre montent jusqu'à nous.
Le soir qui tombe ferme les fleurs et pose un voile de lumière bleue sur la campagne alentour.
A l'autre bout bout des jardins, une joyeuse troupe s'active autour d'une sardinade.
Dans un moment, la nuit nous ramènera à nous, jardiniers rêveurs devant nos carrés miniatures ...
13 mai 2008
Marseillaise
Trois jours marseillais, pour chanter, avec d'autres, pour d'autres. L'enfant-cadeau en tête à tête avec son père.
Les premières heures sont difficiles, un peu de culpabilité, un peu de regrets.
Et puis, je m'y fait. Je me surprends à ne plus compter les heures, à cesser de prévoir, d'organiser.
Traverser Marseille à pieds la nuit, parce qu'on a raté le dernier tramway; passer une matinée au marché de la Plaine, avec ses allées bondées, ses vendeurs qui vous interpellent, qui vous déballent leurs histoires avec bagout et sourires; mille visages croisés; marcher sur la Canebière déserte, à l'heure du match, les cafés avec leur écran géant et tous ces gens agglutinés devant qui vous feraient croire que c'est la coupe du monde qui se joue; le port, tout en bas, et ses énormes cargos chantants.
C'est une ville débordante, de bruits, d'odeurs, d'ordures aussi par endroit; une ville qui, peu à peu, fait reculer ses pauvres derrière ses portes. Marius, Panisse et les autres ne sont plus vraiment là, mais qu'importe. Les vrais habitants de Marseille, d'où qu'ils viennent, ont la ville chevillée au corps. Ils la portent avec fierté, comme s'ils y étaient nés.
Je garde en moi son battement de coeur, si particulier; une chamade, un oiseau bigarré; un tambour.
Peinture d'Alexandre Roche (www.galerieroche.com)
09 mai 2008
A celle "qui me lit tous les jours" ...
Merci pour ce cadeau, cette surprise m'a beaucoup touchée ...
Avec ce livre de maitres-jardiniers, Tomates, Concombres, Courgettes et compagnie, vous n'avez qu'à bien vous tenir !
Je viens de mettre en terre les derniers plants, j'ai semé les radis, et j'ai mis aussi quelques fleurs pour que ce soit plus beau : capucine, mauve, verveines ...
Encore une chose à faire : fabriquer des supports en roseaux pour permettre à mes tomates, concombres et autres de grimper vers le soleil ...
07 mai 2008
Tous comptes faits ...
Ca y est, je change de vie. Ils ont dit oui. Un nouveau boulot, une nouvelle aventure; encore un fois, je saute à pieds joints dans l'inconnu. Les doutes et les peurs m'assaillent; je les ignore tant bien que mal, en me persuadant que c'est une bonne chose ... Voici venu le temps des négociations, des tractations; mais voici aussi venus les temps nouveaux, ceux qui vont me voir aller à pied, tous les matins, à mon bureau; amener l'enfant-cadeau à l'école; rentrer chez moi manger le midi; ne plus prendre la voiture; surtout, m'investir dans quelque chose de neuf et y puiser une nouvelle énergie, qui me tiendra loin de l'amertume, de la frustration, de l'insatisfaction. Je délaisse les choses matérielles pour une meilleure qualité de vie. Et il y a fort à parier que je serai gagnante, tous comptes faits ...











