28 avril 2008
Un dimanche au jardin
Le temps est idéal, et tandis que les villageois regardent passer le corso du carnaval, au son d'une musique techno abrutissante, nous filons en douce. L'endroit semble quasi désert mais quelques autres échappés sont là.
Mon namoureux décide de passer une dernière fois le motoculteur; pendant ce temps, j'assemble mes planches pour en faire des carrés. Je prépare les piquets pour tirer un cordeau, car il faut qu'ils soient bien alignés les uns par rapport aux autres, pour que ce soit joli à l'oeil; l'anarchie viendra plus tard, elle s'organisera et s'épanouira à l'intérieur des carrés ; l'enfant-cadeau a dégainé un tournevis et joue à bricoler. Une jardinière d'un certain âge, dont la parcelle est à quelques dizaines de mètres de la nôtre, vient vers nous; elle voit depuis tout à l'heure mon Namoureux peiner avec sa machine, et, en toute gentillesse, lui suggère de relever les roues au maximum pour que la bête avance mieux...
Une conversation s'installe, elle s'appelle France, cultive son lopin depuis des années, et se dit disposée à nous prodiguer de précieux conseils. Le partage comme philisophie.
L'enfant-cadeau lui prête son arrosoir. Voilà. Le pacte est scellé.
24 avril 2008
Douceurs du soir
Je rentre tard, après une journée tendue, dans l'attente de ce coup de fil qui ne vient pas.
L'enfant-cadeau est en vigie sur le balcon. Doudou dans un bras, bébé dans l'autre, elle attend patiemment. C'est son cri de joie qui m'accueille, avec dedans l'attente de toute une longue journée; mes tensions, telle une volée d'étourneaux, s'envolent aussitôt. Une odeur d'épices flotte dans la maison.
Curry de thon au miel d'orange
Mon Namoureux a cuisiné pour moi, ce soir, et m'attend avec un verre de vin.
De son côté, l'enfant-cadeau s'affaire autour de sa cuisinière miniature et me mitonne un plat de carottes en bois orange vif, qu'elle me sert aussitôt.
L'enfant-lumière dépose un mot doux au creux de mon oreille.
Toutes ces douceurs me réaniment ; et j'éprouve une reconnaissance infinie pour la patience et l'attention qu'ils me témoignent.
22 avril 2008
Reprise
A la veille de reprendre le chemin du bureau, la maladie me saute littéralement à la gorge, et m'éteint la voix au passage; des frissons m'assaillent et trois couvertures sont à peine suffisantes pour me réchauffer. Et tandis que, secouée par des quintes de toux, je rends doucement l'âme, la vérité se pose là, évidente : ce n'est pas une angine, ni même une grippe, que le temps humide et froid de ces derniers jours aurait par ailleurs pu provoquer; c'est le syndrôme de la reprise.
Comme l'enfant-lumière qui, tout au long de l'école primaire, déclenchait symptômes inquiétants et pics de températures à la veille de retourner à l'école, me voilà à mon tour face à cette évidence : je ne veux pas y aller.
Il suffirait de peu, pourtant, pour que ma vie professionnelle, et donc ma vie tout court, bascule; cet entretien d'1h30 lundi dernier m'a fait entrevoir d'autres horizons : travailler à 100 m de chez moi, avec une motivation nouvelle, des gens nouveaux, un métier nouveau ... Depuis, mon téléphone ne me quitte plus, et je dors mal...
Je collectionne les trèfles à quatre feuilles et les doutes, les fers à cheval et les questions, les brins de muguets et les coups de blues. J'attend que la chance tourne.
20 avril 2008
Cadeau
Réunion de famille autour de mon gâteau préféré : un saint-honoré; papa a tout préparé; sur la jolie nappe en lin, quelques fleurs du jardin, le champagne patiente, les assiettes du service des grands jours sont sorties ; un peu en retrait, je les observe, l'un après l'autre; ils sont ma tribu, ma terre, mon monde; quand je suis près d'eux, mon coeur bat mieux, le rire me revient des profondeurs de l'enfance, et avec lui ce sentiment que l'essentiel est là, depuis toujours, et qu'il y demeurera.
Je reçois en cadeau la panoplie complète du jardinier : brouette, bottes en cahoutchouc, arrosoir, sécateur, bêche, sarcloir, binette, rateau, gants, plantoir, griffe, adaptateur pour tuyau d'arrosage de deux diamètres différents, sans oublier un sac de compost, un sac de terreau, des tuteurs, des baguettes de bambous !
De quoi semer, planter, arroser, récolter tout l'amour du monde.
18 avril 2008
Bijoux
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire; nous étions réunis tous les cinq autour du repas, évènement rare; l'enfant-cadeau est juchée sur les genoux de sa grande-grande soeur, qu'elle voit si peu; l'enfant-sourire et l'enfant lumière, du soleil dans les yeux, m'ont tendu un joli paquet; emballé dans du papier de soie, un sautoir, fabriqué par elles, avec des perles de verre, des perles de cuivre, dans des tons gris-bleu-vert chatoyants, lumineux. Un bijoux.
Mes grandes filles me semblent si grandes; moi, j'entends les années passer, à pas de velours; mine de rien, les bougies s'accumulent, les peurs se transforment, les raisons semblent l'emporter sur les folies; mais l'éclat de leurs rires est un baume sur le mauvais temps qu'il fait et tout ce temps qui passe ...
16 avril 2008
Vacances (2)
Deuxième jour des vacances. Cet après-midi, après ce que l'enfant-cadeau appelle un "petit repos", nous filons au jardin.
Je planterai début mai, et d'ici là, il faut le préparer; pendant que mon Namoureux dérange la terre engourdie de tant d'années de friche, armé de sa force légendaire et, accessoirement, d'un motoculteur, je prépare mes carrés de planches; je visse, je cloue, j'assemble; ce sont eux qui vont dessiner mon jardin, qui en définiront l'architecture. Tout près de moi, j'entends la terre se retourner, se moudre, s'assouplir sous les pales rotatives de la machine. Le bruit, inopportun mais inévitable, aiguise mon besoin de silence. Il viendra bientôt.
Un peu plus loin, l'enfant-cadeau, entourée de ses pelles, rateaux, seau et autre brouette, a décidé de planter des cailloux. Je l'observe, qui les arrose, s'accroupit, et, extrêmement concentrée, attend que poussent les fleurs.
15 avril 2008
Vacances
En avant-goût des vacances, l'enfant-cadeau en week-end chez sa marraine, nous sommes sortis : de chez nous, de nos tracas quotidiens; en amoureux d'abord pour un concert des Têtes Raides; un chapiteau magnifique, une ambiance incroyable, la présence du chanteur époustouflante, un vrai régal; j'ai retrouvé des fourmis dans les jambes, des chansons belles à pleurer, une joie toute enfantine, celle avec le coeur qui, croit-on, va éclater.
Et puis, accompagnés de l'enfant-lumière, un tout autre spectacle, de théâtre-marionnette cette fois : "Chair de ma Chair", de Ilka Schonbein; une ambiance radicalement différente, noire et dure, mais incontestablement très forte. Nous en sommes sortis remués tous les trois, mais heureux d'y être allés.
Pour ces quelques jours de vacances, j'ai établi une liste très longue de choses à faire; préparer mon petit jardin, astiquer les vélos, lire, relire, faire un grand ménage de printemps, emmener l'enfant-cadeau en pique-nique, en balades, au manège, concocter un bon dîner avec les copains, trouver un autre travail,...; je n'en ferai sans doute pas la moitié, mais tant pis. Le coeur bien accroché et les jambes à nos cous, pour peu que le printemps s'en mêle, vaille que vaille !
11 avril 2008
Notre pain quotidien (2)
Le blé et le riz ont vu leur prix augmenter de 65% en 5 ans, dont 40% sur les 6 derniers mois ...
Alors, les plus pauvres de ce pauvre monde descendent dans la rue. Partout les émeutes de la faim se multiplient : Egypte, Thaïlande, Burkina, Cameroun ... Le chinois des champs ne peut même plus acheter sa portion de riz quotidienne, tandis que le chinois des villes déguste l'olympisme à la baguette.
On nous parle de pouvoir d'achat pendant qu'on leur enlève le pain de la bouche.
Et, toute à sa fringale, l'enfant-cadeau me réclame une autre tranche de brioche.
La lettre
Ce soir, une lettre m'attend. L'enfant-cadeau accrochée à mon cou pour fêter nos retrouvailles du soir, j'aperçois l'enveloppe sur le buffet. Une enveloppe vert olive. Je reconnais instantanément l'écriture singulière, graphique. J'évalue d'un coup d'oeil l'épaisseur conséquente de l'enveloppe. Je souris. Un petit bonheur m'attend. D'abord, il y aura le dîner, puis l'histoire du soir, puis la cérémonie du coucher, préparer les affaires du lendemain, s'occuper du linge, remettre un peu d'ordre.
Quand la maison sera enfin silencieuse, j'emmènerai l'enveloppe avec moi, m'installerai dans un coin, et je l'ouvrirai.
Cinq pages, recto-verso, d'une écriture boulimique, qui avale l'espace de la page tout entier.
On se connaît depuis longtemps, on ne s'est pas vues depuis plusieurs années; on ne s'appelle jamais au téléphone; mais, deux à trois fois dans l'année, on s'écrit, chacune prenant un plaisir évident à ces échanges épistolaires.
Nos vies s'écoulent à l'encre du stylo, nos enfants grandissent sur le papier, et tout le temps que l'on prend à s'écrire et à se lire est un cadeau fait à l'autre, d'une valeur toute affective mais inestimable.
Je relis la lettre une deuxième fois, parce que dans ma hâte enfantine d'ouvrir mon cadeau, mes yeux ont avalé les mots sans même les déguster.
Lorsque je rangerai la lettre dans sa boite avec toutes les autres, je serai déjà en train d'imaginer celle que je vais lui écrire.
09 avril 2008
Notre pain quotidien
La radio me sert ses infos matinales, avec mon café et ma brioche à la confiture de framboise; j'écoute à peine, toute au spectacle de ma petite famille à la table du petit-déjeuner.
L'enfant-cadeau, sournoisement attaquée par le pot de Nutella; son père, sous le charme, qui trouve la bataille hilarante; l'enfant-lumière, somnambule et autiste à cette heure, qui, concentrée sur son bol de céréales, tente d'y lire de quoi sa journée sera faite.
Et puis la voix de notre cher président; je dresse l'oreille, en alerte.
"Les politiques sociales ne peuvent continuer ainsi à alimenterle déficit et la dette de la France ".
Bon. Non seulement les pauvres sont de plus en plus pauvres, mais ils peuvent légitimement culpabiliser de l'être ... J'ai comme un petit creux.
Cynisme , arrogance. Notre pain quotidien.


