31 mars 2008
Accord parfait
Deux heures du matin. Je ne trouve pas le sommeil. Il me tourne le dos, en chien de fusil; j'entends sa respiration, lente, profonde, son sommeil est lourd, et l'emmène déjà à mille lieues de moi. Un rayon de lune a bravé la tempète qui souffle dehors, et s'est posé sur son cou; à cet endroit de son corps, un petit carré de peau, un pli, une courbe, qui disent la douceur et l'abandon qui le visitent en catimini, quand il ne s'agit plus seulement d'être un homme fort et sûr de soi. Un rien m'émeut, et ce rien-là particulièrement. Force et délicatesse, c'est un accord parfait; alors, pour le sceller, je dépose dessus un baiser plume.
28 mars 2008
Chez Lili
Il est dans mon village un endroit magique, une petite boutique, caverne d'Ali Baba improbable, un monde au bord du monde; il suffit de pousser la porte et Lili vous accueille, avec son sourire discret. Le temps s'arrête. On y vient pour rien, pour faire un voyage, au pays des jouets de bois, des ours, des billes de verre, des étoles, des figurines, des boites à musique, des bijoux fantaisie, des jolies cartes , de la vaisselle raffinée; les enfants s'y retrouvent pour faire leur moisson de bonbons qui les attendent dans leurs grands bocaux de verre. Lili les connait tous, et leurs déssins s'affichent autour de sa caisse. Un joyeux bazar, des malles aux trésors, des rubans, des jolis papiers. Lorsque j'ai un cadeau à faire, c'est là que je vais; je ne sais jamais ce que je vais y trouver, mais, immanquablement, une petite merveille m'y attend ...
27 mars 2008
Talismans
Une journée trop longue et trop remplie. Je rentre et il est déjà tard; le temps qu'il me reste à passer avec l'enfant-cadeau m'est compté, mais son humeur légère me fait comme du velours. Mon Namoureux a préparé le dîner. Nous pouvons nous poser, nous parler de nos journées respectives. On s'est appelés à midi, comme tous les jours; on prend de nos nouvelles. On se dit un mot doux. Un court moment, on sort la tête de l'eau. On prend de l'air.
Ce n'est pas assez pour se dire tout ce qu'on a sur le coeur, mais c'est déjà ça.
L'enfant-cadeau dort enfin, et lui est plongé dans son livre, concentré; je l'embrasse au passage et monte me coucher; alors, je découvre sur l'oreiller un petit mot, et un minuscule paquet ... Voici ce qu'il contenait :
Emotion presqu'enfantine. J'adore ces babioles qui parlent fort. Je prends le petit coeur de bois dans ma main, les yeux déjà fermés pour ruminer ce petit bonheur-là. En glissant ma main sous l'oreiller comme je le fais pour trouver le sommeil, je découvre alors un autre petit paquet, qui contenait ceci :
Sans doute n'a-t-il pas pu choisir.
Je souris à l'intérieur. Un talisman dans chacun de mes poings fermés, je peux m'endormir, et tenir à distance la peur de voir nos coeurs lâcher.
25 mars 2008
Pâques aux tisons
L'hiver joue à l'enfant têtu, il tambourine, tape des pieds, crache du froid et lache quelques rafales glacées. Pâques se réchauffe aux tisons et le Printemps, recroquevillé, attend sagement que l'orage soit passé ...
Je voudrais me réveiller.
20 mars 2008
Cadeau du ciel
Le bonheur du jour est un cadeau du calendrier. Alors, peu importe de quoi sera faite cette journée.
Elle porte en elle des promesses, promesses de jours meilleurs, promesses de fleurs et d'herbes, promesses de matins clairs et de soirs retardataires; promesses depuis longtemps semées dans nos mémoires et dans nos corps, qui, en poussant, nous chatouilleront le coeur au passage.
Pour fêter ça, dimanche, les cloches viendront voler tout près des poules, et des plumes vont tomber du ciel; avec elles, toutes sortes de bestioles, babioles et autres falbalas, qui guetteront, bien cachés dans le jardin, la razzia imminente que l'enfant-cadeau (fieffée coquine ne reculant devant auncun acte de piraterie ou de brigandage lorsqu'elle obéit au dieu Chocolat), mènera, armée de son panier d'osier ...
18 mars 2008
Pause
Une petite pause. Un souffle. Un soupir. Une parenthèse. Une absence.
Le travail se fera sans moi. Absence autorisée, planifiée, justifiée.
Qu'importe. Aujourd'hui, pendant quelques heures, je ne suis pas là. Je suis toute à ce silence qui parfume la maison. Je m'offre un moment d'errance, une tartine au nutella, une BD au soleil sur le balcon, un bain de lumière.
Je regarde passer le train du temps, placidement, en ruminant ma chance.
Tout à l'heure, j'irai trouver les Zamis, là-bas, dans leur maison du bout du chemin, et je fêterai leur serennité retrouvée après l'orage qui s'était abattu sur leurs coeurs fous.
En fin de journée, j'irai cueillir l'enfant-cadeau, qui viendra vers moi en courant et sautera dans mes bras, comme si je revenais d'un très long voyage.
17 mars 2008
Déjeuner de soleil
Installée à une table, en terrasse, j'attends ma grande fille; c'est le jour de ses résultats; les gens autour goutent un soleil qu'on n'attendait plus, les corps s'abandonnent, les lunettes sont de mise; à la table juste à côté, un homme d'un certain âge semble attendre quelqu'un; son visage s'éclaire d'un coup; je suis son regard, et une belle jeune femme vient l'embrasser; sa fille, sans doute; il croise mon regard et me sourit; je souris à mon tour, complice.
Ma grande fille est en train de descendre les escaliers; elle vient vers moi, le téléphone collé à l'oreille; elle dit : "à plus tard, mon coeur, je te rapelle". Ca me fait toujours un drôle d'effet, cette intimité amoureuse que je surprend par
fois; ma fille est une femme et j'ai du mal à m'y faire ...
Elle tombe dans mes bras : 13 de moyenne générale, environ 550 ème; une belle performance, dont je suis très fière, elle qui se voyait déjà au-delà de la 700è place ... Certes, ce ne sera sans doute pas suffisant pour passer directement en 2è année, mais elle peut toucher son rêve du doigt. Je la vois soulagée et un peu déçue aussi, son beau visage dit l'émotion, le manque de sommeil, le stress. Parce que bien sûr, ç'aurait été tellement mieux d'être dans les 100 premiers ...
L'amour et la fierté que j'ai pour elle m'explosent le coeur. Surtout, ne pas oublier de les lui dire.
Ce que je fais dès que je suis certaine de ne pas fondre en larmes.
Et nous passons commande ; pour elle, une salade Gourmande; pour moi, une salade Délice ...
13 mars 2008
A carreaux ...
Le petit bonheur du jour ?
Une petite virée "en ville" avec mon Namoureux, pour lécher les vitrines et chiner dans les librairies. Avec, en point d'orgue, ce déjeuner dans un tout petit bistrot, avec des nappes à carreaux rouges, un patron gouailleur, et une cuisine de bouchon lyonnais !
Les yeux de mon homme brillaient de convoitise et de contentement devant son andouillette à la moutarde (moi, je cuisine surtout le sud et ses légumes...) et quand il posait les yeux sur moi, j'en prenais ma part d'amour ...
Nous sommes rentrés chez nous le ventre chaud, et riches de quelques bouquins et BD, dont le dernier tome du "Combat ordinaire" de Manu Larcenet, "Tours et Détours d'une vilaine fille", de Mario Vargas Llosa, "Samedi" de Ian Mac Ewan ...
Des promesses de plaisir en pages .
10 mars 2008
A voté !
Ce dimanche, pour nous distraire de l'hiver ambiant, et parce que nous sommes des citoyens responsables, nous sommes allés voter, mon Namoureux et moi, l'enfant-cadeau en éclaireur, perchée sur son tricyle. En faisant la queue dans la salle des fêtes, nous croisons des visages familiers. Dans le secret de l'urne, j'ai un flottement. Sur les listes qui se présentent, des gens que je connais, que je croise à la crèche, au marché, ou à la terrasse du café. Je les étudie une dernière fois, puis je mets la liste que j'ai choisie dans son enveloppe. Le candidat n'est autre que l'adjoint qui nous a mariés. Ce jour-là, il était grave, sérieux, mais surtout très ému. C'est sa gravité et son émotion qui nous a touchés, et qui a fait de cette cérémonie un moment inoubliable, quand elle aurait pu n'être qu'une formalité.
Alors ... a voté !
09 mars 2008
Flower power
Durant ces deux derniers jours, le froid ne m'a pas quitté. Les promesses de printemps n'étaient que des promesses. De celles qui vous font trouver l'hiver interminable et qui vous mettent l'âme en eau trouble. La fatigue qui ralentit tout, qui altère le goût et les couleurs. Les tensions qui font leur nid, qui vous font parler à tord et entendre de travers.
Au beau milieu de ce chaos intérieur, silencieux malgré tout, ce bouquet d'anémones acheté au marché, à la volée, entre une colère dont l'enfant-cadeau a le secret et une rafale de vent glaciale et décourageante.
Et alors que je les disposais dans le vase, je souris en me rappelant un passage d'un livre de Christian Bobin :
"Nombreuses anémones, mauves et rouges, l'équivalent d'une classe de collège. Elles se bousculent autour de la lumière comme autour d'une petite nouvelle, arrivée en cours d'année scolaire." - (Autoportrait au radiateur)
Les fleurs me parlent quand tout se tait autour. Et me ramènent à la surface.





