sur le fil

Bonheurs minuscules et jours imparfaits d'une vie ordinaire

29 février 2008

Remue-ménage

Nous recherchons une autre maison.
J'ai des rêves de jardin. Un jardin, même modeste, même minuscule, où je pourrais empoter, dépoter, rempoter, cueillir, planter, éclaircir, arracher, arroser, écouter pousser.
Un jardin à ma mesure, à ma hauteur de coeur, pouvoir y laisser infuser mon âme, y éprouver ma patience et mon courage, me salir les mains, faire de la place dans ma tête, arracher la mauvaise herbe et semer les belles idées, les envies folles ou les sages pensées. Le jardin, lorsque je m'en occupait chez mes parents, avait sur moi un effet nettoyant, purifiant. J'en revenais lavée, sereine.
Chercher une maison, une autre maison que celle dans laquelle vous vivez, où vos enfants grandissent, c'est grisant et éprouvant à la fois, grisant parce que ça vous triture l'imaginaire, éprouvant parce que ça ressemble, un peu, à une petite trahison. C'est un peu aller voir ailleurs si on y est. Cela veut-il dire qu'ici, on n'y est pas ?
Remue-ménage et déménagement à l'intérieur. Ça commence comme ça.

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28 février 2008

Noël au balcon - Vacances 4

Le soleil se montre enfin. Février est un mois farceur, capable de se grimer aux quatre saisons, parfois dans la même journée.
L'enfant-cadeau trépigne, elle sent l'air plus léger, plus odorant. Elle veut aller "dou-or".
Nous n'avons rien de mieux à faire, pas de projet particulier, et la paresse qui nous tient est presque grisante. Le temps est comme déstructuré, sans conséquence; nous lézardons au soleil sur un banc abandonné exprès pour nous, l'enfant-cadeau chante à tue-tête en montant et descendant les marches de l'église, et récolte des feuilles qu'elle nous offre cérémonieusement.
Et alors que nous rentrons chez nous, elle entonne "Petit Papa Noël" à pleine voix, arrosant les passants, les façades des maisons, et le rues alentour, des fois qu'il l'entendrait ...
La bonne blague !

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27 février 2008

Voyage - Vacances 3

La pluie est là, fine, assidue. Les heures prennent leur temps, elles changent de couleur selon l'avancée du jour, tantôt dorées, tantôt bleues.
L'enfant-cadeau joue les Mimi Pinson, tout en bricolant avec ses poupées, et sur la platine, Anouar Brahem bricole avec son oud...
C'est un temps à feuilleter les livres de cuisine, grimoires de famille, ou beaux livres d'images que je m'offre parfois.
J'exhume une de ces recettes qui me font rêver. Pour la plupart, elles sont écrites sur du papier quadrillé, arrachée à un cahier; la feuille est maculée, et se déchire un peu à ses plis, à force d'avoir été dépliée et repliée.
Cette recette-ci est celle de la brioche, avec le chapeau dessus; celle-là même qui m'embarque illico pour l'enfance, et les heures sucrées des goûters des jours de pluie, magnifiées par ce seul événement.
Je la connais par coeur, mais je n'ai jamais osé aller plus loin. Car je sais ce qui se passerait si je la ratais : avec l'orgueil et l'entêtement d'un petit enfant, je rangerai cette recette définitivement, et je l'oublierai.
Je ne prends pas ce genre de risque avec mes souvenirs d'enfance. Un jour, peut-être
Alors, je replie soigneusement la feuille, la remets à sa place entre les pages du livre.
L'heure du goûter s'avance timidement.
Mimi Pinson me réclame une tarte aux pommes. Tant mieux. Je m'en vais lui fabriquer des souvenirs.

brioche1

Posté par sarkimi à 14:24 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 février 2008

Revenante - Vacances 2

Visite à mon père; deux semaines qu'on ne s'est vus; je sais que cela lui manque, et à moi aussi. J'ai toujours eu cette jubilation à revenir "à la maison", je m'y suis toujours sentie attendue. Du mal à couper le cordon, depuis toujours. Pas vraiment grandie en somme.
Ce soir, il nous a mitonné du riz au porc. Un plat sacré chez nous, célèbre dans toute la famille, que maman avait amené à un tel degré de perfection que personne ne s'est jamais essayé à l'imiter. Après sa mort, papa s'est mis aux fourneaux;  parce que la cuisine de maman était son pain quotidien et qu'il n'a pas pu, ni voulu s'en passer; sinon, elle serait morte davantage, sans doute.
Retrouver le goût de son riz au porc, c'était s'assurer qu'elle n'était pas tout à fait partie.
Alchimiste amoureux, il a fait plusieurs tentatives, avec pour seul repère le souvenir goûteux qu'il en gardait. La première fois qu'il nous l'a servi, je le voyais, du coin de l'oeil, guetter notre réaction avec une anxiété évidente.
C'était fabuleux; elle était là, parmi nous, dans les parfums de citron et de poivrons qui montaient. Elle était revenue.
Ce soir, il n'en est plus à son coup d'essai. Mais la même satisfaction secrète fait briller ses yeux, et moi je me réchauffe à ce feu-là.

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25 février 2008

Vacances - 1

Cette semaine, j'ai pris congé du bureau.
Vacances de stress, vacances d'horaires. Vacances de chiffres, d'objectifs à atteindre, d'écarts par rapport à l'objectif; vacances d'attente d'une réponse à ma énième demande d'augmentation; vacances de cantine, d'odeurs de frites, de légumes bouillis; vacances de ces gens qui marchent sur la tête, qui marchent sur les autres, droit devant; vacances d'un monde de gagnants et de perdants, de gagne-pain et de pain perdu; d'un monde de grands patrons et de petits chefs, entre fin de règne et avènements; vacances d'un monde où l'on me vend, où l'on me rachète.  Quoique je fasse, la bulle dans laquelle je m'enferme est une vraie passoire.
Ce matin, mon petit monde à moi n'avait pas de montre, pas d'objectif précis à atteindre; le facteur n'est pas passé; la maison sentait bon le pain qui cuisait; on se disait nos envies, tout en s'esclaffant sur la bouille de l'enfant-cadeau consciencieusement maquillée au nutella ... Cet après-midi, on allumera un feu, on invitera les copains à goûter, et l'enfant-lumière nous régalera de ses gauffres.
Il pleut. Doucement.

Posté par sarkimi à 14:15 - Bonheurs minuscules - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 février 2008

Des yaourts

Jour de courses au supermarché. Je croise deux femmes, l'une est visiblement la mère de l'autre. Elles se ressemblent. Elles sont accompagnées de deux petites filles. Et, comme à chaque fois que ça m'arrive, les larmes me nouent la gorge. Ca aurait pu être nous. Cela aurait dû être nous. Cette injustice me broie et me ramène un peu plus de deux ans en arrière, à notre dernière séance de shopping; tu voulais t'acheter un manteau pour le réveillon du jour de l'an. Tu ne l'auras jamais porté.
Je suis restée longtemps dans l'allée, désoriientée, perdue. Il me fallait des yaourts aux fruits.

Posté par sarkimi à 17:59 - Maman, jusqu'au ciel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Fleur de café

Petit déjeuner en tête à tête, ce matin. Moment rare. La maison est calme. Il fera beau aujourd'hui.
Accrochée à ma tasse de café, du sommeil encore dans les cheveux, les yeux mal ouverts, la radio qui bavarde en sourdine. Lorsque j'avise soudain une petite merveille, là, juste sous mon nez, derrière la fenêtre : le prunus sort sa  première fleur ... Elle n'y était pas hier, j'en suis sûre ! Je me réveille tout à fait, je vais chercher l'appareil, j'ouvre grand la fenêtre. Mon Namoureux râle un peu : il fait froid !
Oui, peut-être, mais là, je décrète que ce n'est pas important. L'important est là, sous nos yeux mal ouverts, qui s'invite à notre table. On ne peut quand même pas laisser passer ça ...

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Posté par sarkimi à 11:00 - Bonheurs minuscules - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 février 2008

Mourir est derrière toi

"Tu n'as plus à mourir : c'est fait.
Mourir est derrière toi. Tu vivras donc éternellement."
(C. Bobin)

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Voyage au bout de la nuit

Nuit hachée menue par les cauchemars de l'enfant-cadeau, un mauvais rêve à l'heure, c'était notre sommeil de croisière ...
A 6 heures, n'y tenant plus, je descends la chercher; en fait de mauvais rêve, Madame Gastro est là. Une odeur âcre sur ses cheveux, son pyjama est trempé. Le syndrôme de la mauvaise mère m'alpague aussitôt. Je la change, la nettoie, et l'emporte avec moi jusqu'à notre chambre.
Je l'installe près de moi, et elle se blottit tout contre. Elle ne dort pas; elle me caresse de sa ptite main ronde et chaude, et je goûte cet instant, malgré la fatigue accumulée. Sa respiration se fait douce et régulière. J'ai le nez dans son cou, je l'enveloppe de tous mes bras, et je respire à son rythme. Je tiens mon petit bonheur du jour.

Posté par sarkimi à 12:04 - Bonheurs minuscules - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 février 2008

Questions de Zèbre ...

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Je me pose des questions de Zèbre ...
Comment garder intacts les battements du coeur, comment échapper à ce calme qui vient se poser doucement sur nos nuits, comme une douce couverture; comment faire pour que l'habitude, le quotidien n'aient ni pouvoir ni emprise; comment nous rencontrer dans cet espace-temps écartelé, tiraillé entre nos multiples occupations, préoccupations, obligations, qui laisse de moins en moins de place à nos soupirs, nos silences, nos regards, autant de retrouvailles ajournées. Ce n'est pas l'absolu que je cherche, juste des traces, des indices, des signes, que quoi qu'il arrive, quel que soit le poids que fait peser sur nous le quotidien, nous sommes toujours traversés par ce courant d'air léger et fou.
Les mots doux que l'on se dit, entre deux plumes d'oreiller, et ta voix rassurante ne font pas taire ma peur du vide.                  

Posté par sarkimi à 14:38 - Jours imparfaits - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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