13 janvier 2008
Bienvenue ...
Nos vies sont tissées de bonheurs minuscules et de jours imparfaits. Pour avancer, j'ai besoin d'aller les chercher, de les trouver, et de les nommer. Ne serait-ce que pour ne pas oublier de les vivre.
Ma vie est en orbite autour des êtres qui me sont chers, mes trois filles, l'enfant-sourire, l'enfant-lumière, l'enfant-cadeau, et mon Namoureux. Un tableau idyllique, s'il en est, mais inévitablement chahuté par le quotidien, un boulot dans lequel je ne suis pas heureuse, les interrogations, les aspirations contrariées, la mort de ma mère, les rêves de voyage inassouvis, les piles de livres que je n'ai pas lus, les bougies qui s'amoncellent sur le gâteau d'anniversaire ...
Une idée sous-tend donc ce blog :
dénicher, chaque jour, le petit moment de la journée qui donnera sa couleur à tous les autres ...
Et vous, quel petit bonheur avez-vous déniché aujourd'hui ?
14 janvier 2008
Voir le ciel de plus près
Ta mort aura bientôt deux ans; elle commence à peine à parler, à faire ses premiers pas.
(Dixit Christian Bobin, merci à lui.)
Tu nous as quittés, alors que dans le même temps ta petite-fille naissait; elle, en avance d'un mois et demi sur la date prévue, comme pour avoir le temps de te dire qu'elle était bien arrivée, comme pour te laisser partir plus légère.
Pendant une semaine, vous étiez toutes les deux à naviguer entre deux mondes, entre la terre et le ciel, reliées à la vie par tous ces tuyaux qui vous insuflaient l'air que vous n'aviez pas la force de respirer. Vous vous êtes toutes les deux battues avec rage, mais ce combat t'a peu à peu vidée de cette incroyable force de vie qui t'habitait.
Et alors que ta petite-fille, toute neuve dans ce monde, puisait dans sa toute neuve énergie, toi, impuissante face au mal qui t'envahissait, épuisée par ce combat truqué, tu partais voir le ciel de plus près.
Que faire de tout ce chagrin-là ? Comment vivre sans toi ?
Je me suis blottie dans le silence de ses bras
Je me suis frottée à l'hiver de sa joue
Mais elle n'était déjà plus là.
J'ai ombré ses paupières comme pour les jours de fête
J'ai poudré de soleil son teint des jours de pluie
Mais elle était déjà partie.
J'ai cherché sous sa main la caresse familière
J'ai posé tout contre elle ma tête pour qu'elle me berce
Mais tout était déjà fini.
18 janvier 2008
Sanctuaire
Je voudrais trouver un endroit dont je ferais un petit sanctuaire, un endroit, tout près, où je pourrais me rendre aussi souvent que j'en ai envie, pour t'apporter des fleurs et te parler un peu. J'y déposerai des cailloux, des mots doux, des trésors. Souvent, j'aurais envie de papoter avec toi.
Bien sûr, il y a le funérarium, mais, outre son éloignement, tous les morts autour font beaucoup de bruit, et m'empêcheraient d'avoir une conversation sérieuse avec toi.
Alors je me suis dit que je pourrais peut-être trouver un lieu que je ferai nôtre; un lieu joli, accueillant, qui pourrait te plaire. Et qu'importe si tu n'es pas vraiment sous la terre, puisque tu es partout.
21 janvier 2008
Comme des promesses
Ce dimanche, nous t'avons rendu visite, avec Papa.
Je t'ai apporté des jacinthes, ces fleurs qui savent rire de l'hiver, et qui font comme des promesses.
Et je nous vois, avec nos fleurs, notre bouteille d'eau, notre chiffon pour essuyer les salissures, qui nous occupent les mains alors même que notre coeur se tient, vascillant, tout au bord du vide et du silence que nous renvoie ton nom inscrit sur la pierre.
04 février 2008
A la recherche du soleil ...
L'hiver me fait toujours cet effet là : j'attends, je scrute le sol, les arbres, le ciel. La léthargie m'assiège de toute part, et j'ai dû mal à lutter contre l'endormissement des sens, de la volonté, de la joie de vivre. Je n'ai pas d'armes contre la pluie et le froid, je m'endormirais volontiers pour plusieurs mois, petite bestiole, au fond d'un trou.
Mais bon, je résiste, à grands coups de cuillère dans le pot au feu, arrosé de bon vin, ou en trouvant des bras pour m'envelopper, ou des joues potelées à la bonne odeur de madeleine à embrasser.
Je trouve du soleil là où je peux, et je le thésaurise, le collectionne, le met en réserve pour les jours de désespoir.
Un soleil trouvé chaque jour, c'est mon tout récent pari.
Celui d'aujourd'hui était déguisé en bisou, celui que l'enfant-cadeau a déposé sur mon nez, en partant d'un grand éclat de rire.
06 février 2008
37,8°
Ce serait quoi le petit bonheur du jour ?
Peut-être ce soulagement que j'ai lu dans les yeux de ma grande fille, l'enfant-lumière, qui, trainant une grippe depuis trois jours, s'est levée ce matin avec l'espoir secret d'être malade encore un tout petit peu, histoire de remettre à plus tard son retour au collège, pour elle synonyme d'ennui et d'obligations inutiles, peuplé d'ados attardés et ininterressants ...
37,8° au thermomètre, j'ai jugé cela suffisant pour lui accorder ce petit répit.
D'un regard-éclair complice, on s'est tout dit, c'était un petit cadeau offert et accueilli avec le même amour ...
07 février 2008
Jasminelle
Ma grande grande fille de 18 ans, l'enfant-sourire, est amoureuse. Et ça la rend encore plus belle. Elle en parle peu, mais ce bonheur qui l'habite est perceptible et nous dit son secret ... Je lui ai glissé en douce l'adresse de la gynéco, elle a voulu y aller toute seule ... Jasminelle ...
Tout cela est dans l'ordre des choses. Moi, je me sens un peu dépossédée, un peu vieille; le sentiment que l'oiseau s'envole, pour de bon. Mon rôle, désormais, c'est d'être là, au plus près d'elle, les bras déjà prêts à la serrer tout contre moi, les oreilles et le coeur grands ouverts ... Je ne peux plus la protéger de rien, elle s'en charge toute seule.
Cette femme en devenir a la force incroyable des enfants qui n'ont peur de rien. J'admire cela, et je fais taire mes peurs ...
Cyrano
Une journée grise malgré le beau temps, doux au-delà de toute raison, et au-delà de la saison; pas loin de 20 degrés sous le soleil, alors que février commence à peine ... Une jolie farce qui aurait dû me suffire, mais l'ennui et l'enfermement dans cet endroit où les gens viennent travailler la tête basse, le sourire éteint, les épaules rentrées, a déteint davantage sur moi que je ne l'aurais voulu. Mais la journée n'est pas finie.
La lumière est venue au soir, à l'heure de la lecture, quand la maison s'endord. Cyrano de Bergerac. J'ai relu ces vers avec un plaisir intact, et comme à chaque fois, cette poésie m'a réconciliée avec le monde...
- (...) Oui, quelquefois, je m'attendris dans le soir bleu;
J'entre en quelque jardin où l'heure se parfume;
Avec mon pauvre grand diable de nez je hume
L'avril, - je suis des yeux, sous un rayon d'argent
Au bras d'un cavalier, quelque femme, en songeant
Que pour marcher, à petit pas, dans la lune,
Aussi moi j'aimerais au bras en avoir une,
Je m'exalte, j'oublie ... et j'aperçois soudain
L'ombre de mon profil sur les murs du jardin !
(...)
- J'ai fait votre malheur ! moi ! moi !
- Vous ? ... au contraire !
(...) Je vous dois d'avoir eu, tout au moins, une amie
Grâce à vous une robe est passée dans ma vie.
08 février 2008
La touche du chef
Deux ans sans toi.
Ce 8 février, nous nous sommes retrouvés , Papa, Eric, Sylvain, et moi, pour partager un bon repas ... C'est ce que nous avons trouvé de mieux pour te dédier ce jour. Tu adorais les bonnes tables, alors je crois que cette idée t'aurais plu.
Bien manger et bien boire, c'était pour toi un art de vivre; pour nous, une manière comme une autre de te retrouver, même si la vie n'a plus tout à fait le même goût ni la même saveur. Comme un grand plat auquel il manquerait, pour qu'il soit incomparable, la touche finale du chef ...
09 février 2008
Tarte aux huîtres !
Nous n'avons pas bonne mine. Mon Namoureux, un peu ailleurs; il est fatigué, a besoin de vacances. Moi aussi, je manque d'énergie, d'envie. La télé s'impose de plus en plus le soir alors qu'elle a de moins en moins de choses à donner à voir, et ma réactivité devant cet état des choses est quasi nulle.
Samedi, je vais chez le coiffeur. J'ai mis trois mois à m'accorder ces deux heures. J'en ressors bien plus légère ...
Je passe prendre le pain. Tiens, ils ont des tartes au citron. Mon Namoureux adore ça. J'en prends une, imaginant par avance sa surprise et ses yeux gourmands ! Je souris.
Je rentre, je prépare un mot doux avec des coeurs ... J'ouvre le frigo. Une douzaine d'huîtres de Bouzigues m'attendent, toutes fraiches, prêtes à être dégustées. C'est ma tarte au citron à moi, les huîtres ...


